Chaque mois de janvier, les villages berbères du sud du Maroc célèbrent Yennayer, le Nouvel An amazigh. Bien plus qu'un simple changement de calendrier, cette fête marque le début d'une nouvelle année agricole, porteuse d'espoir, d'abondance et de gratitude envers la terre nourricière.
Dans mon village, cette journée est empreinte d'une émotion particulière. Les familles se retrouvent autour d'un repas préparé selon une tradition transmise de génération en génération. Dès le matin, les cuisines s'animent et les gestes des anciens reprennent naturellement leur place, comme un héritage vivant que chacun s'efforce de préserver.
Le plat incontournable de cette célébration est Laassida, une préparation simple en apparence mais profondément symbolique. Elle est réalisée à partir de graines de maïs grossièrement broyées, lentement cuites dans une eau bouillante légèrement salée jusqu'à obtenir une texture épaisse, onctueuse et réconfortante. Une fois servie, elle est généreusement arrosée d'huile d'argan, véritable trésor de notre région, puis accompagnée d'une cuillère d'amlou, cette délicieuse pâte traditionnelle composée d'amandes torréfiées, d'huile d'argan et de miel.
À première vue, ce plat peut sembler modeste. Pourtant, il raconte toute une histoire. Celle d'un peuple profondément attaché à sa terre, qui célèbre les récoltes avec les produits qu'elle lui offre. Le maïs évoque le travail des champs, l'huile d'argan rappelle les arganiers qui façonnent les paysages du sud-ouest marocain, tandis que l'amlou symbolise la générosité et le plaisir de partager.
Comme dans de nombreuses traditions berbères, Yennayer est aussi un moment où les familles se réunissent autour d'une même table. Les enfants écoutent les récits des anciens, les voisins se rendent visite et chacun adresse des vœux de prospérité, de santé et de bonnes récoltes pour l'année à venir. L'abondance des mets préparés ce jour-là est porteuse d'un souhait : que l'année soit aussi généreuse que le repas partagé.
Dans certaines familles, il est de coutume de glisser discrètement une amande, un noyau de datte ou une petite fève dans le plat. Selon la tradition, celui ou celle qui la découvre sera particulièrement chanceux durant l'année. Ces petites coutumes, différentes d'un village à l'autre, témoignent de la richesse de la culture amazighe et de la diversité de ses traditions.
Aujourd'hui, Yennayer est célébré dans tout le Maroc avec une fierté renouvelée. Il rappelle l'ancienneté de la civilisation amazighe et l'importance des valeurs qui la caractérisent : le respect de la nature, la solidarité, l'hospitalité et la transmission des savoir-faire.
Lors de mon cooking class, j'aime partager ces histoires avec mes invités. Découvrir la cuisine marocaine, ce n'est pas seulement apprendre une recette : c'est comprendre les traditions qui lui donnent son âme. À travers une simple assiette de Laassida, nappée d'huile d'argan et dégustée avec de l'amlou, c'est tout un patrimoine familial et culturel qui se raconte, celui de mon village et de mes racines berbères.
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