Il est arrivé un matin de novembre, le visage éclairé par cette joie tranquille que seuls connaissent ceux qui viennent de terminer une récolte. Notre ami belge, récemment installé dans la campagne verdoyante de l’intérieur marocain, venait de vendanger ses olives, ses premières olives marocaines.
Il parlait de sa petite oliveraie avec un accent mêlé de fierté et d’étonnement, comme un homme qui découvre qu’il peut faire naître quelque chose de sa propre patience. Il avait pressé ses fruits dans une presse traditionnelle à Had Dra, une de celles où le temps semble ralentir, où l’huile coule lentement comme un fil d’or ancien.
De son sac, il sortit une bouteille encore tiède de l’aube. Une huile nouvelle, presque lumineuse, d’une verdeur poivrée qui vous saisit dès l’ouverture. Il nous l’offrit comme on offre un fragment de terre : simple, direct, plein de gratitude.
Quelques jours plus tard, un autre « nouveau » fit son entrée dans notre maison de l’Arganeraie : le Beaujolais Nouveau 2025, fraîchement arrivé chez mon caviste d’Essaouira. On en plaisante souvent, on le caricature, mais ce millésime-là avait quelque chose de franc et de précis. Une robe éclatante, une attaque souple et juteuse, portée par cette trame acidulée qui donne du relief au fruit. Un vin primeur qui savait déjà où il allait.
Alors, autour de la table, dans le parfum discret de l’arganier et du vent d’Atlantique, nous avons uni les deux nouveautés de la saison : l’huile première d’un ami venu du Nord, encore imprégnée de lumière, et le vin nouveau d’un pays lointain, surpris de se retrouver ici, en arrière-pays d’Essaouira.
Il y eut un silence, le beau silence de ceux qui goûtent réellement. Puis les sourires sont venus, comme chaque fois que la terre nous rappelle que le mot nouveau peut encore avoir du sens.
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